Le pat aux échecs est une situation où le joueur qui a le trait n’a aucun coup légal à jouer, alors que son Roi n’est pas en échec. La partie s’arrête immédiatement et elle est déclarée nulle, quel que soit le matériel restant sur l’échiquier. C’est la grande différence avec l’échec et mat, où le Roi est attaqué.
C’est sans doute la règle la plus frustrante pour un débutant, et l’une des plus amusantes quand on la retourne à son avantage. Dans cet article, vous découvrirez :
- la définition, avec deux positions pour bien comprendre ;
- la méthode en trois questions pour savoir en un coup d’œil si c’est pat ;
- un quiz pour vous tester ;
- comment le pat sauve des parties perdues, de la Tour folle à l’auto-pat ;
- les questions qu’on nous pose le plus souvent sur le sujet.
La règle du pat aux échecs
Aux échecs, une partie peut se terminer par un match nul. Le plus souvent, la nulle est obtenue d’un commun accord. Un joueur la propose juste après avoir joué son coup, et son adversaire accepte ou refuse avant de jouer le sien.
Le pat mène lui aussi au match nul, mais sans que personne ne le décide. Il s’exprime ainsi :
« Si le joueur qui a le trait n’a plus aucun coup légal et que son Roi n’est pas en échec, c’est pat. »
Selon les Lois du jeu de la FIDE, le pat met fin à la partie sur-le-champ, et la partie est nulle. Il n’y a pas de vainqueur, même si l’un des deux camps a une Dame et deux Tours de plus.
Deux positions pour comprendre le pat
Regardez bien les deux positions suivantes. Dans les deux cas, c’est aux noirs de jouer.
Dans ce premier diagramme, les noirs n’ont aucun coup légal. Le pion c5 est bloqué par le pion c4. Le Roi h5 n’a pas le droit de se mettre en échec, et chacune de ses cases est contrôlée par une pièce blanche. Et le Roi noir n’est pas attaqué. C’est donc pat. Malgré son énorme avantage matériel, le joueur qui a les blancs doit se contenter de la nulle.
Vous me direz que le Roi noir est perdu, puisqu’il sera pris s’il bouge. Eh bien non. Aux échecs, on ne prend jamais le Roi. Pour gagner, il faut que le Roi ne puisse plus échapper à une attaque, et donc qu’il soit attaqué. C’est toute la différence entre le pat et le mat.
Dans cette deuxième position, le Roi noir est coincé, il ne peut bouger sans se mettre en échec. Mais les noirs peuvent encore avancer leur pion h3. La partie continue, ce n’est pas pat.
Pat ou pas pat, la vérification en trois questions
Quand vous avez un doute, en partie comme devant un diagramme, posez-vous ces trois questions dans l’ordre.
- Est-ce que le Roi qui doit jouer est en échec ? Si oui, ce n’est pas pat. C’est soit un échec à parer, soit un échec et mat.
- Est-ce que ce Roi a une case libre et non attaquée ? Si oui, ce n’est pas pat, il peut bouger.
- Est-ce qu’une autre pièce ou un pion de ce camp peut jouer ? Vérifiez chacune, y compris les pions bloqués en apparence, qui ont parfois une prise disponible. Si une seule peut bouger, ce n’est pas pat.
Trois « non », et c’est pat. La troisième question est celle qu’on oublie le plus souvent, c’est elle qui explique la deuxième position ci-dessus.
Vérifions maintenant que la règle est bien comprise avec notre test spécial sur le pat.
Pat ou échec et mat, quelle différence ?
Le pat et l’échec et mat terminent tous les deux la partie, mais leurs conséquences sont opposées. Savoir les distinguer évite de transformer une victoire en nulle, surtout en fin de partie.
| Pat | Échec et mat |
|---|---|
| Le Roi n’est pas en échec. | Le Roi est en échec. |
| Le joueur n’a aucun coup légal. | Le joueur ne peut plus échapper à l’échec. |
| La partie se termine par un match nul. | La partie est gagnée par celui qui a donné le mat. |
| Chaque joueur marque un demi-point. | Le vainqueur marque un point, le perdant zéro. |
| C’est une ressource défensive pour sauver une partie perdue. | C’est l’objectif de toute partie d’échecs. |
Si vous ne deviez retenir qu’une chose, retenez celle-ci. Lors d’un pat, le Roi n’est pas attaqué. Lors d’un échec et mat, il est attaqué et ne peut pas être sauvé. Pour réviser toutes les façons de mater, notre dossier sur l’échec et mat vous attend.
Attention au pat quand vous terminez vos parties
Regardez cette position d’apparence très simple. Le trait est aux blancs, qui doivent mater en deux coups.
Pour rappel, un pion qui arrive au bout de l’échiquier se transforme en la pièce de son choix, sauf un Roi ou un pion. C’est la promotion.
Prenez votre temps. Mater en deux coups veut dire que vous jouez un coup avec les blancs, que les noirs répondent, puis que vous faites échec et mat.
La solution se trouve juste en dessous.
Le piège est de jouer 1. c8=D. Les noirs n’ont alors plus aucun coup de Roi, et ils ne sont pas en échec. C’est pat, nulle, alors que vous venez d’avoir une Dame.
Il faut jouer 1. c8=T ! Le Roi noir a encore la case a6. Après 1… Ra6 2. Ta8, c’est mat. Astucieux, non ?
C’est le piège le plus fréquent chez les joueurs qui débutent. On a gagné la partie, on fait une Dame par réflexe, et la Dame enlève la dernière case au Roi adverse. Apprendre à convertir un avantage en victoire est d’ailleurs le sujet d’un pack entier du maître international Pierre Petitcunot.
Les 5 erreurs les plus courantes sur le pat
Le pat est simple à comprendre, mais les mêmes erreurs reviennent sans cesse, surtout au début.
- Croire que le pat est une victoire. C’est l’erreur la plus répandue. Contrairement au mat, le pat ne donne la victoire à personne, la partie est nulle.
- Confondre le pat et le mat. S’il y a pat, le Roi n’est pas en échec. Si le Roi est attaqué et ne peut ni fuir ni être protégé, c’est un mat, et la partie est gagnée.
- Oublier les autres pièces. Il n’y a pat que si le camp qui joue n’a aucun coup légal, avec son Roi comme avec ses autres pièces. Un seul pion qui peut avancer, et la partie continue.
- Faire pat dans une position gagnante. Pressé de conclure, on enferme le Roi adverse sans lui laisser de coup. Avant chaque coup en fin de partie, vérifiez que votre adversaire peut encore jouer quelque chose.
- Penser que le pat est rare. Il survient régulièrement dans les finales, quand il reste peu de pièces. C’est pour cela que les joueurs expérimentés apprennent à reconnaître ses schémas, pour l’éviter comme pour s’en servir.
Pourquoi cette règle existe-t-elle ?
À première vue, le pat est surprenant. Si un joueur ne peut plus rien faire, pourquoi son adversaire ne gagne-t-il pas ? Parce qu’aux échecs, la victoire ne s’obtient que par l’échec et mat. Un Roi qui n’est pas attaqué n’est pas battu.
La règle n’a pas toujours été la même. Pendant des siècles, le pat a été interprété différemment selon les pays. Ici on le comptait comme une victoire pour celui qui le provoquait, ailleurs comme une nulle ou d’autres résultats. Avec l’unification des règles, la FIDE (Fédération internationale des échecs) a retenu la règle actuelle, le pat est une nulle.
Elle s’applique aujourd’hui dans toutes les compétitions, en parties lentes, rapides et blitz. Et elle donne aux finales toute leur finesse, puisque le camp en difficulté garde jusqu’au bout une dernière chance de se sauver.
Le pat, arme de défense des grands joueurs
En pratique, le pat est une arme de défense redoutable, et les plus grands l’ont utilisée.
L’exemple le plus célèbre date du championnat des États-Unis, fin 1963. Larry Evans est perdu contre Samuel Reshevsky. Il sacrifie sa Dame avec échec, puis sa Tour avec échec. Reshevsky est obligé de prendre les deux, et une fois la Tour capturée, il ne reste plus aucun coup aux blancs. C’est pat. La partie est restée dans l’histoire sous le surnom de « l’escroquerie du siècle ».
Voici le même mécanisme dans une position d’entraînement. Vous avez les blancs, c’est à vous de jouer, et vous devez sauver la partie.
Les blancs sont dans une situation très difficile, les pions noirs vont finir par faire Dame. Mais il y a une ressource cachée.
1. Tf2+ !!
Un coup exceptionnel. Si le Roi noir recule, les blancs prennent la Tour f8 et les noirs perdent tout leur avantage. Les noirs sont donc obligés de jouer 1… exf2, et c’est pat. Match nul.
À vous de jouer, sauvez la partie
Voici un petit exercice. Vous avez les blancs et vous devez trouver le moyen d’obtenir la nulle. Soyez astucieux !
Il s’agit de la fin d’une étude de Pasman. Voici la solution en vidéo avec le maître Pierre Petitcunot.
Le pat aux échecs et la Tour folle
Voici maintenant un exemple de Tour folle. Vous avez toujours les blancs et le trait, et votre position est encore compromise. Comment la sauver ?
La solution est 1. Tg5+ !! Si les noirs prennent la Tour, c’est pat, puisque le Roi blanc n’a plus aucun coup.
Les noirs continuent donc par exemple par 1… Rh4, mais 2. Tg4+ !!, et la Tour poursuit le Roi noir le long de la colonne g sans jamais le lâcher.
C’est un échec perpétuel, encore un match nul !
Le pat aux échecs et l’auto-pat
On peut même construire soi-même son propre pat pour sauver une position difficile.
Même consigne, vous avez les blancs, comment empêcher votre adversaire de gagner ? C’est une étude de Campbell, composée en 1855.
Attention, c’est très astucieux.
Les blancs jouent 1. Fd2, 2. Fa5 puis 3. b4. Leur Roi est alors emmuré derrière ses propres pions et son Fou, et plus aucune pièce blanche ne peut bouger. Les noirs ont beau faire Dame, s’ils ne donnent pas échec, les blancs sont pat. Et ils n’ont aucun moyen d’empêcher ce plan.
Les règles du jeu d’échecs en vidéo
Notre coach Rémi vous explique ici en détail toutes les règles du jeu d’échecs.
Vous trouverez d’autres vidéos, des quiz, des exercices et des énigmes dans notre programme gratuit de 14 jours pour apprendre à bien jouer aux échecs.
Pour approfondir les règles particulières du jeu, ces articles complètent celui-ci.
- La promotion, responsable de la plupart des pats involontaires.
- Le roque.
- La prise en passant, l’autre règle qui surprend tous les débutants.
- Toutes les règles du jeu d’échecs réunies dans un seul guide.
Comment éviter de faire pat ? Les méthodes pour faire échec et mat
Le pat est intimement lié à l’échec et mat. Savoir mater proprement, c’est la meilleure façon de ne jamais offrir de pat.
Dans cette conférence, le grand maître Anthony Wirig, membre du top 20 français et de notre équipe, vous donne ses méthodes pour faire échec et mat, et donc pour éviter le pat.
Anthony Wirig est aussi l’un des deux grands maîtres de notre formation Bien débuter aux échecs, dont les trois premiers modules sont gratuits. Et si vous souhaitez aller plus loin dans cette phase du jeu, le pack Les finales de pions du grand maître Tigran Gharamian vous apprendra à reconnaître ces positions bien avant qu’elles arrivent.
FAQ, tout savoir sur le pat aux échecs
Voici les questions que l’on nous pose régulièrement sur le pat.
Quelle différence entre le pat et l’échec et mat ?
Lors d’un mat, le Roi est attaqué, il est en échec et ne peut pas s’en sortir. Lors d’un pat, le Roi n’est pas en échec, mais le joueur n’a aucun coup légal. Le mat est une victoire, le pat une nulle.
À quoi sert le pat ?
C’est avant tout une technique de défense, qui permet de sauver des positions désespérées. Il peut survenir après une grosse erreur du joueur qui avait l’avantage, ou au terme d’une défense brillante.
Le pat est-il une victoire ?
Non, jamais. Quand un joueur est pat, la partie se termine immédiatement par un match nul, même si son adversaire a un avantage matériel écrasant. C’est pour cela qu’il faut rester vigilant au moment de conclure, un seul coup imprécis transforme une victoire en nulle.
Qui gagne en cas de pat ?
Personne. Le pat est l’une des façons d’obtenir un match nul, et chaque joueur marque un demi-point en compétition. Le joueur en difficulté sauve sa partie, son adversaire laisse échapper la victoire.
Le Roi peut-il être en échec lors d’un pat ?
Non. C’est justement ce qui distingue le pat du mat. Pour qu’il y ait pat, le Roi ne doit pas être en échec, et le joueur ne doit disposer d’aucun coup légal, ni avec son Roi, ni avec une autre pièce.
Peut-on continuer la partie après un pat ?
Non. Dès qu’une position de pat apparaît, la partie est terminée et le résultat est nul. Les joueurs ne peuvent pas décider de continuer. La règle est prévue par les Lois du jeu de la FIDE et s’applique en compétition comme en partie amicale.
Le pat existe-t-il aux échecs rapides et au blitz ?
Oui. Le pat s’applique à toutes les cadences reconnues par les règles officielles du jeu d’échecs, parties lentes, rapides et blitz. Dès que le joueur au trait n’a plus aucun coup légal sans être en échec, la partie est nulle, quel que soit le temps restant à la pendule.
Peut-on faire pat volontairement ?
Oui. En mauvaise posture, un joueur peut chercher à provoquer le pat pour obtenir la nulle au lieu de perdre. Il sacrifie alors ses dernières pièces, comme Larry Evans en 1963, ou bloque lui-même tous ses coups, comme dans l’étude de Campbell plus haut.
Quelles sont les autres règles qui mènent au match nul ?
La triple répétition de la même position, la règle des 50 coups et le matériel insuffisant pour mater mènent aussi à la nulle. Nous avons regroupé toutes les façons de faire nulle dans notre article sur le match nul aux échecs.
Et maintenant, à vous de choisir
- Lire tous nos articles pour bien débuter aux échecs.
- Découvrir les principales ouvertures d’échecs.
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